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Kétamine, Propofol et Expériences de Mort Imminente per-anesthésiques pharmaco-induites: réflexions sur une redéfinition de l'EMI, à propos d'un cas. PDF Imprimer Envoyer

photoarticleI -INTRODUCTION

 

Rebecca, âgée de 42 ans, subit une anesthésie générale pour la réalisation d'une endoscopie digestive. Au réveil, elle dit avoir vécu une expérience extraordinaire ayant des traits communs avec une EMI transcendantale dont le récit détaillé  sera fait plus loin.

Après une prémédication par 0,5 mg d'Alprazolam  per os, l'induction est réalisée

par 0.25 mg.kg-1 de Chlorhydrate de Kétamine, complétée par une dose totale de 3.125 mg.kg-1 de Propofol. L'hémodynamique est stable durant les 12 mn de l'examen, ainsi que la SpO2 qui reste à 99% tout au long de l'anesthésie. Aucun incident n'est observé.

Ces deux agents anesthésiques sont connus pour leurs effets onirogènes, tout particulièrement la Kétamine, et les travaux de K. JANSSEN font état de nombreuses « NDE » attribuées à l'effet de ces médications.

Loin de toute polémique entre « scientistes » et « spiritualistes » sur la genèse des EMI, l'observation d' une « pseudo-EMI »- puisqu'à aucun moment R. n'a frôlé la mort durant son intervention-pose la question d'une re-qualification des expériences inhabituelles de la conscience per-anesthésiques.

Pour l'auteur, il est temps que les scientifiques puissent replacer les EMI ou NDE, dans un cadre nosologique spécifique; et que tous ceux qui travaillent, toutes disciplines confondues sur ce domaine, fassent preuve de prudence et de pondération dans l'exploitation des témoignages de sujets ayant vécu de tels états modifiés de conscience.

II-PHASES PRE, PER et POST-ANESTHESIQUES

Une consultation pré-anesthésique est réalisée 2 semaines avant l'endoscopie prévue. Le médecin anesthésiste ne note aucune pathologie évolutive chez cette jeune femme de 42 ans, mère de 2 enfants, qui doit subir cette endoscopie dans un contexte de tumeur colique familiale. Légèrement anxieuse, elle prend régulièrement une benzodiazépine associée à un inhibiteur de la recapture de la 5-HT. Hypertendue, elle est sous Atenolol et sa TA est normale.  Elle n'a jamais convulsé. Pas de comitialité connue dans la famille. L'examen clinique est sans particularité, en dehors d' une élévation de l'IMC. Les examens paracliniques réalisés sont normaux. L'ECG est normal. Rebecca est classée ASA 2, NYHA Classe I,et présente un score de Duke à 4 MET. Elle a subi 2 anesthésies générales non compliquées(dans l'enfance puis en 2004).

L'admission dans le service de Chirurgie ambulatoire s'accompagne de l'ingestion d'un comprimé d'Alprazolam 0.5 mg en prémédication anxiolytique.

L'anesthésie aura lieu 2H après. R est calme, placée sous Oxygène au masque, et comme de coutume pour détendre la patiente, le médecin anesthésiste lui demande de fixer ses pensées sur quelque chose d'agréable, puis injecte 0.25 mg.kg-1 de KETAMINE IV, suivis une minute plus tard de 1.25 mg.kg-1 de PROPOFOL.

Une dose totale de 3.125 mg.kg-1 de PROPOFOL sera nécessaire pour la réalisation de l'examen.

Durant l'intervention, la T A reste stable, aux alentours de 140/80 mm.Hg,pour une Fr cardiaque oscillant entre 73 et 85/mn; la SpO2 mesurée en continu au doigt est constante à 99%. Les mouvements respiratoires sont amples et réguliers. Aucun incident ne survient, en particulier aucune bradycardie, aucune hypoxie, ni chute tensionnelle. Aucun mouvement anormal pouvant évoquer une crise comitiale ne s'est produit. Les pupilles de R. sont restées en myosis. A noter que nous ne réalisons pas de monitorage de l'EEG (BIS) dans notre équipe et pour de telles interventions brèves. La coloscopie durera au total 12 mn. Le réveil est obtenu «sur table» et se poursuivra en Salle de Soins Post-Interventionnels(SSPI).

En SSPI, au changement de brancard, R. va tout de suite raconter son «rêve extraordinaire» à l'Infirmière et au Médecin anesthésiste.

III- L' EXPERIENCE DE REBECCA

Rebecca n'est pas contente !  Elle voulait rester « là-haut » avec ses parents décédés (Grand-père et Cousin), car elle était si bien dans la « Lumière ». Ce n'est que déçue, mais pour s'occuper de sa famille, qu'elle est redescendue sur injonction de ses deux parents. « Elle sait que le paradis existe » (elle est Evangéliste et se dit « très croyante »), et ne rêve « que d'y retourner ». Elle s 'est endormie en pensant à son grand-père et son cousin. Elle  est arrivée dans « un lieu merveilleux et très lumineux et a conversé avec ses parents ». « Le temps  n'existait plus », elle était « si bien », « elle ne sentait plus son corps ». Ses parents rencontrés lui ont affirmé « qu'une prochaine fois, elle pourra rester avec eux dans la lumière ».

Rebecca relatera plusieurs fois son expérience, en SSPI, et elle réitèrera son récit avant sa sortie du service de Chirurgie Ambulatoire, dans l'après-midi. Son expérience lui a oté toute peur de la mort, dit-elle. Elle se sent si bien ! Elle avoue même « avoir envie d'y retourner vite ».

C'est à l' Infirmière de SSPI, qu'elle racontera avoir vécu la même expérience lors d'une anesthésie antérieure. Malheuresement, il sera impossible de se procurer l'observation de celle-ci afin d'en analyser les circonstances.

Il est important de noter que le contexte socio-culturel de R. ne la prédispose pas à la lecture d'ouvrages traitant des EMI, qu'elle dit ne jamais s'être intéressée à la question, ni en avoir entendu parler.

Elle nous demande de ne pas en parler à sa famille, qui la prendrait pour une folle ( pour ces raisons j'ai changé son prénom, son âge exact,sa parité, mais rien d'autre ).

L'évaluation de l'échelle de GREYSON a donné un score de 06/16, ne permettant pas de classer l'expérience en qualité de NDE.

IV- AGENTS ANESTHESIQUES ET EXPERIENCES INHABITUELLES DE LA CONSCIENCE

Dans un article récent consultable sur le site www.cneric.fr et intitulé « Mémoire et Anesthésie », j'ai exposé les propriétés oniroïdes des agents pharmaco-dynamiques utilisés en Anesthésie-Réanimation. Le lecteur pourra s'y référer.

Néanmoins, il me semble important de repréciser quelques points sur l'action « EMI-gène » de certaines médications, utilisées chez Rebecca.

Pour ce faire je ferai référence aux travaux de Karl L. R. JANSEN, Psychiatre et Pharmacologue des substances psychédéliques,  publiés sous le titre « The Ketamine model of the NDE: A Central Role for the NMDA Receptor » dans les années 1990, et qui restent très actuels.

Jansen établit que les EMI peuvent être reproduites par le blocage des récepteurs cérébraux au N-méthyl-D-Aspartate, destinés au Glutamate qui agit en qualité de neurotransmetteur, par la Kétamine. De plus, la Kétamine aurait un rôle neuroprotecteur vis à vis de la cytotoxicité d'un afflux de Glutamate dans des situations aigüesde stress. M. GREGOIRE, dans sa thèse de Doctorat en Médecine,  section Psychiatrie, soutenue à la Faculté de Créteil en 2005, intitulée « Kétamine: neuropsychopathologie, usages, mésusages » décrit ses phénomènes d'émergence (réactions psychomimétiques): sensation de flottement par perte de la sensibilité cutanée et affaiblissement de la perception gravitationnelle, pouvant aller jusqu'au détachement corporel (qui est une des composantes des Expériences Hors du Corps).