Newsletter


 
Montant: 

De l’utilisation des EMI comme thérapeutique à l’angoisse du mourir en soins palliatifs PDF Imprimer Envoyer

Cette précaution concerne aussi la deuxième phase de notre étude qui est de travailler à la fois la biographie subjective du sujet via la psychologie humaniste et la biographie singulière d’un corps de ce même individu via les psychothérapies corporelles comme la sophrologie ou (et) les massages énergétiques.

Dans cette deuxième séquence, nous proposons aux patients après un bref body scan de déplacer leur conscience en divers parties du corps et tant que faire se peut, en ramener la mémoire via les constructions imaginaires que le sujet travaillera avec la sophrologue. Ce qui nous préoccupe ici est d’amener le sujet à faire lui même son expérience à travers des états modifiés de conscience autres que celle de l’état de veille et de sommeil.

Les inductions proposées pour un tel travail restant du domaine de l’imagerie des EMI telle que décrite par Greysson en 1985 et Christine Le Scanff (1995, La conscience modifiée), à savoir, tenter d’amener le sujet à expérimenter des sensations de méditation et de relâchement intense voire d’expérience paranormale[5].

Dans la troisième phase de notre programme, nous avons proposé aux patients de méditer avec la sophrologue, puis de travailler cela 10mn par jour seul. L’idée est d’amener ces personnes à un état de « sérénité » permettant les expériences dites transcendantales. En supplément de ce travail, il est bien sûr proposé les travaux classiques de la sophrologie. : respiration ; relaxation dynamique, activations intra sophroniques, visualisation. Au cours de ce programme, il nous a fallu prendre en compte la famille. Il est en effet courant que le patient qui réadapte ses « croyances » demande à être accompagné d’un ou plusieurs de ses proches. Nous nous sommes rendu compte au cours du temps de l’incidence majeure qu’ont les proches dans la possibilité ou non d’un changement de paradigme sur les conceptions de la conscience. Notre projet s’est déroulé sur plusieurs années et nous avons maintenant le recul nécessaire pour mettre à l’épreuve notre hypothèse : la connaissance des EMI et l’expérimentation d’états modifiés de conscience même légers sont en mesure de permettre une diminution des syndromes anxiodépressifs et augmentent la capacité des patients à retrouver une certaine sérénité. Nous souhaiterions maintenant étudier ce lien de façon plus systématique à travers notamment un paradigme psychométrique Cette expérience nous a montré le bénéfice d’intégrer le spirituel via les expériences d’EMI en soins palliatifs. Reste à comprendre les mécanismes d’adhésion à une idéologie ou une croyance dans ces moments si particuliers. Il semblerait que les moments de fin de vie fragilisent la structure des idéaux qui ont permis à telle ou telle personne de vivre sa vie. Ce qui avant relevait du religieux et des rites de passage sociaux relève maintenant bien plus d’une réorganisation singulière et privée. Toutefois, pour la grande majorité des patients, la religion et les rites familiaux perdurent lors du décès. Nous nous trouvons donc confrontés à un aménagement syncrétique des croyances officielles des églises. Nous voyons ressurgir des bribes de néo chamanisme ou encore de conception panthéiste via une transformation des rites et croyances orientales réaménagés dans une singularité. Croyances qui suffisent à porter l’espérance tant pour celui qui part que pour celui qui reste. Il semblerait qu’il y ait là un énorme travail de culture (Kulturarbeit, Freud) qui se met en place devant l’exigence de la mort. Freud a bien décrit ces mécanismes via le travail du deuil. Cependant nous pensons que l’essentiel des apports de son travail sont plus du côté de la scène sociale par des textes comme « l’avenir d’une illusion ».

En effet, notre société est bien différente de celle du début du XXème siècle, tant du point de vue des technologies nous emmenant à penser le virtuel, que du point de vue de la connaissance et de la communication de masse qui ne permet plus à un seul dogme de diriger la conscience humaine. Il faudrait vraiment s’atteler à travailler les nouveaux modèles de spiritualité et à dégager ce qui est réellement aidant de ce qui n’est qu’artifice.

En soins palliatifs depuis quelques années, nous repérons que les patients sont en avance du point de vue des médecines complémentaires sur l’ordre médical. Il ne suffit plus maintenant à la médecine de les décrier ou de se moquer pour que les patients abandonnent leurs nouvelles « croyances ». Il n’est pas rare que les plus cultivés d’entre nos patients soient aussi ceux qui ont le plus cherché de repères spirituels entre génome humain et conception chamanique de la nature. Nous vivons un réel moment extraordinaire de coïncidences ou coalitions de pensées dites primitives et d’hyper rationalité.

L’idée que la conscience n’est pas sécrétée par le cerveau n’est certes pas nouvelle mais les nouveaux modes d’expression, d’interprétation et de compréhension de celles ci nous renvoient plus sur les modèles mathématiques : chaos ou fractal, conception de la physique quantique ou de la physique des systèmes qui réfutent une logique des particules élémentaires comme logique causa sui des phénomènes.



[1]Composante transcendantale : cette composante concerne des phénomènes apparemment « non terrestres » comme des trajets dans une réalité mystique ou mystérieuse, des rencontre avec une présence d'ordre mystique ou encore la sensation d'un « point de non-retour ».

[2] C.G.Jung, Essai sur la symbolique de l’esprit, Paris, Albin Michel, 1988.

[3] Devereux, qui s’inscrit dans cette perspective, considèrera comme matériaux fondamental à traiter, l’ensemble des déformations qui affectent la perception de l’analyste envers son patient et par extension envers toute personne ou situation provoquant chez l’analyste ou le chercheur en Sciences du comportement des sentiments anxiogènes.

Pour Devereux, le savoir n’est pas un savoir neutre mais un savoir expert dont l’essence est l’expert lui-même, car les données obtenues proviennent d’une co-construction de sens entre sujets ; la subjectivité n’est pas un obstacle mais la voie qui mène à un processus de recherche.

[4] Heading Toward Omega (1985), traduction française : En route vers Oméga : à la recherche du sens de l'expérience de mort imminente, Paris, Alphée, 2009

[5] Ces composantes ou « traits communs » des EMI peuvent être regroupés selon quatre composantes : cognitive, affective, paranormale et transcendantale (Greyson, 1985, 2006)[5].

  1. 1.Composante cognitive et perceptive : il s’agit des processus relevant d’une distorsion du temps, de l’accélération de la pensée, d’une revue de vie ou encore d’une compréhension instantanée.
  2. 2.Composante affective : cette composante concerne les changements de l’état émotionnel incluant des sensations de paix, de joie, d'unité cosmique, de détachement émotionnel ou encore d’attirance par une lumière « irradiant l'».
  3. 3.Composante paranormale : cette composante concerne des phénomènes psychiques incluant des sensations physiques (acuité de la vision, de l'audition) particulièrement vivaces, des perceptions extra-sensorielles, des visions du futur ou des expériences hors du corps ou de décorporation.
  4. 4.Composante transcendantale : cette composante concerne des phénomènes apparemment « non» comme des trajets dans une réalité mystique ou mystérieuse, des rencontre avec une présence d'ordre mystique ou encore la sensation d'un « point de non-retour ».