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Eric Dudoit, Psychologue clinicien, Docteur en psychologie et psychopathologie, responsable de l’Unité de Soins et de Recherche sur l’Esprit, service d’oncologie médicale et de soins palliatifs, CHU Timone, Marseille.
Eliane Lheureux, sophrologue ; Unité de Soins et de Recherche sur l’Esprit, service d’oncologie médicale et de soins palliatifs, CHU Timone, Marseille.
Les recherches au sujet des EMI concernent de façon prioritaire les services de cardiologie, d’anesthésie ou de traumatologie. Ces recherches importantes pour le développement de notre connaissance se cantonnent à montrer ou à étayer le fait que des patients vivent bien des expériences de mort imminentes (EMI) soit en s’appuyant sur leurs témoignages, soit en s’appuyant sur un montage où il est demandé aux patients s’ils ont vu des cibles ou non au moment de leur opération et autres.
L’étude la plus connue est celle de Pim Van Lommel qui a aboutit à la publication d’un article dans le Lancet, une des revues scientifiques médicales les plus valorisées au monde. Ici, il ne sera pas question de faire de telles études parce que la population d’oncologie médicale ou de soins palliatifs est une population de patients dits chroniques tant du le point de vue de la douleur que du point de vue de la pathologie. Cette population de patients ne décrit que très peu des « voyages » qui peuvent faire penser à une EMI. L’usage des drogues comme la Kétamine ou les morphiniques induit d’ailleurs pour quelques uns d’entre eux des sensations de décorporation sans pour autant que cela puisse laisser présager l’expérience d’une EMI. Ce qui nous intéresse ici c’est le potentiel thérapeutique que les patients ayant vécu des EMI rapportent. Dans la lignée des travaux de la fondation NOESIS présidée par le Dr Sylvie Dethiollaz et de ceux de l’anthropologue Danielle Vermeulen, nous nous intéressons au potentiel thérapeutique de ces mises en récit de ces expériences et à la façon de nous en servir dans l’accompagnement de patients en soins palliatifs. L’idée n’est pas nouvelle puisque le Pr Kennet Ring montre dans une étude américaine que la simple connaissance des EMI diminue les angoisses liées à la mort prochaine ou à la mort fantasmée. Fort de ce savoir, nous avons proposé aux patients des informations au sujet des recherches sur les EMI. Nous avons d’abord pris mille précautions car nous avions cru qu’il serait difficile d’aborder de tels sujets avec ces patients et leurs familles mais la réalité fut tout autre.
Nous avons ainsi décliné le programme en trois temps, dont le premier consiste à une mise en relation des patients avec la conception de la mort et de l’après vie décrites en relation avec les EMI via des documents écrits et filmés. Dans un deuxième temps, nous proposons de travailler cette question lors d’interventions ciblées (ex. : sophrologie). Pour conclure, avec un troisième temps, qui ouvre un espace de discussion et de réflexion sur l’utilisation de ce matériel.
Nous nous sommes donc proposés de leur faire découvrir ce qui est dit au sujet des EMI en prenant comme précaution de dire que pour l’instant scientifiquement nous ne savions pas si la conscience était délocalisée ou localisée dans le cerveau. Nous disons à ces patients que c’est une information qui peut être leur fera du bien. Nous prîmes donc comme supports informationnels le DVD de Sonia Barkallah « Faux départ » , le livre du Dr Jourdan « Dead Line » et le livre de Danielle Vermeulen « NDE, expériences mystiques d’hier et d’aujourd’hui ». Nous prîmes aussi la peine d’informer les patients avec un synopsis des travaux de Greysson et de Moody ainsi que les thèses des détracteurs des EMI.
Dans un deuxième temps, nous avons proposé aux patients des expériences psycho-corporelles via la sophrologie, le rêve éveillé, le bodyscan, afin qu’ils puissent découvrir et s’interroger sur le lien soma psyché.
Dans un troisième temps, pour certains d’entre eux, nous avons établi un programme de méditation afin de favoriser une expérience transcendantale.
Nous entendons par cela une catégorie d’expériences correspondant à la quatrième classification de l’échelle de Greysson[1]. Cette classification reste suffisamment large pour intégrer toute expérience de type conscience modifiée qui relate une rencontre avec le symbolique au sens Junguien[2] du terme. Cette troisième phase ne fut proposée qu’à quelques patients afin de tenir notre engagement déontologique et laïque. Nous prenions donc soin d’éviter tout engagement religieux quel qu’il soit préférant amener les patients désirants vers le ministre du culte de son choix afin qu’ils ne puisse y avoir ni confusion ni substitution entre une expérience spirituelle laïque et une expérience spirituelle religieuse.
Ce programme qui n’est pas une étude scientifique, nous a amenés à constater le caractère bénéfique dans l’accompagnement des patients et familles en soins palliatifs lorsque l’on évoquait avec eux la question des EMI. Nous n’avons pas à chercher à être objectifs (comprendre objectivant) dans un premier temps. Nous nous sommes laissés aller à une posture subjective telle que la prône Georges Devereux[3] dans les études en sciences humaines. Ainsi lorsqu’on nous posait la question : « Est ce que vous y croyez ? » notre réponse était :«Ce n’est pas tant de croire à ces récits d’expérience que de se laisser toucher par eux »
Nous trouvions intéressant que les patients puissent aborder le thème des EMI avec des médecins chercheurs pensant qu’il pourrait y avoir une explication rationnelle et cérébrale de tels phénomènes .Pour nous, psychothérapeutes, c’est la réalité psychique qui l’emporte sur la réalité événementielle du corps et de l’histoire de vie. En effet, seul ce qui est repris par le sujet comme élément du discours et (ou) comme élément signifiant d’une sensation du corps retient notre attention. De ce point de vue, savoir si la conscience est délocalisée ou sécrétée par le cerveau nous intéresse peu. Nous nous servons de cette histoire de délocalisation seulement comme un pousse à rêver ou à symboliser, à appréhender d’une façon singulière ce qu’est le réel. Nous ne postulons aucune croyance religieuse ou idéologique pour entreprendre ce projet d’étude. Il nous importe simplement de travailler les syndromes anxio dépressifs dus au voisinage de la mort réelle ou fantasmée en soins palliatifs. Il ne s’agit pas non plus de se raconter des fables pour alléger ces difficiles moments que compose la mort imminente.
Nous proposons cela comme une expérience bio-psycho-sociale éclairée par l’anthropologie ramenée des expérienceurs. Pour se faire nous utilisons les témoignages d’expérienceurs et les recherches dans ce domaine via les films ou supports de lecture proposés pour envisager la possibilité que les EMI relatent bien quelque chose de l’expérience humaine dont on connaît le pouvoir apaisant (Kennet Ring[4]). Cette mise en relation du côté du savoir, de l’imaginaire, donne dans un premier temps des interrogations et des fantasmes qui permettent de récolter de nouveaux « objets mentaux » livrés à la sagacité du psychisme du patient. Durant cette phase les patients restent ambivalents quant à la possibilité de la véracité de ces témoignages. Ils ne réfutent pas l’existence de ces expériences mais en cherchent souvent une cause biologique, physiologique ou neurologique leur permettant de rendre compte d’un phénomène inconnu en le transformant en phénomène connu. Cet état de fait est bien connu de la psychologie moderne où l’on sait qu’un individu cherchera une rationalité à une expérience afin de pouvoir l’interpréter et la rendre concevable et connaissable à l’aune de son histoire. Nous avons pris soin d’écarter de ce sujet d’étude les personnalités psychotiques et ou états limites. Nous nous sommes donc attachés à l’ensemble des patients névrosés du service.
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