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En Juin 2009, la Revue « NATURE » a publié un travail de Y. PILPEL, A. MITCHELL, O. DAHAN de l'Institut Weizmann de Rehovot (Israël), réalisé en coopération avec M. KUPIEC et G. ROMANO de l'Université de Tel-Aviv .
Ces deux équipes ont étudié le comportement des réseaux génétiques des bactéries Escherichia Coli lors du changement de leur milieu de vie (sur un mode séquentiel prévisible) . Les E.Coli qui cheminent physiologiquement le long du tube digestif vont en effet devoir faire face à des conditions physico-chimiques variables et pouvoir s'adapter à la digestion successive de sucres différents tels le lactose et le maltose.
Les résultats de cette étude prouvent que les E.Coli sont capables de « prévoir » ces variations et de les anticiper . Sur le même principe, un autre micro-organisme, la levure de vin, s'adapte aux variations observées tout au long de la fermentation qui préside au phénomène de vinification...
Cette faculté d'anticipation d'ordre génétique et adaptatif n'est pas sans rappeler le contenu d'une conférence donnée cent ans plus tôt par le Philosophe Henri BERGSON, intitulée « La Conscience et la Vie » . Selon les théories du philosophe, si « conscience signifie d'abord mémoire », elle est aussi « attention à la vie et anticipation » . Pour lui l'interaction entre la matière et la conscience permet à la science un accès à une connaissance objective d'un aspect de la conscience totalement immatériel. Il voit dans l'évolution darwinienne des espèces le produit d'un élan vital de la conscience opérant dans la matière pour y incarner de plus en plus de conscience.
Si chez l'homme il est incontestable que le lieu de la conscience est le cerveau, il n'en est pas pour autant indispensable à la conscience chez les autres espèces animales ( Bergson prend pour exemple l'amibe ); tout ce qui est vivant pourrait être conscient: la conscience est « coextensive à la vie ».
Pour Bergson la cellule vivante elle-même est dotée d'une conscience et qui dit conscience dit choix: « si conscience signifie mémoire et anticipation, c'est que conscience est synonyme de choix ».
Quant au concept de durée, il est pour Bergson implicite à la conscience: « Conscience signifie d'abord mémoire (...) Toute conscience est donc mémoire, conservation et accumulation du passé dans le présent.(...). Mais toute conscience est anticipation de l'avenir ».
Pour conclure ce voyage dans la pensée du grand philosophe, je vous livre ces réflexions tirées de sa conférence de 1911:
« Comme, pour créer l'avenir, il faut en préparer quelque chose dans le présent, comme la préparation de ce qui sera ne peut se faire que par l'utilisation de ce qui a été, la vie s'emploie dès le début à conserver le passé et à anticiper sur l'avenir dans une durée où passé, présent et avenir empiètent l'un sur l'autre et forment une continuité indivisée: cette mémoire et cette anticipation sont la conscience même. Et c'est pourquoi, en droit sinon en fait, la conscience est coextensive à la vie ».
Cette découverte des équipes israéliennes aurait certainement conforté H. Bergson dans ses théories. En même temps elle illustre la démonstration de Bergson sur les cellules, si l'on rapproche les micro-organismes de celles-ci. Cette modeste réflexion montre, s'il était nécessaire, l'indispensable travail en transdisciplinarité autour de la Conscience prôné par le CNERIC, qui doit relier des domaines apparemment aussi éloignés que la biologie et les sciences humaines...
par le Docteur Jean-Pierre POSTEL, CNERIC – Janvier 2010 |